Extinction de la chaux vive

Petite expérience de chimie très amusante dangereuse ; remplissez une poubelle de jardin avec trente litres d’eau, versez-y d’un seul coup dix kilos de chaux vive et partez en courant. Dans les quelques secondes qui suivent des bruits de « cailloux qui cassent » se font entendre, le mélange arrive très vite à ébullition et monte comme du lait chauffé puis déborde, il y en a partout. On va vite oublier cette technique…

Une méthode sans danger consiste à introduire progressivement cinq kilos de chaux vive dans un seau doseur de quinze litres contenant douze litres d’eau. Une première passe le matin d’environ trois kilos et demi (trois litres), quelques heures plus tard un kilo supplémentaire et le reste en fin de journée ou même le lendemain. Cette dernière est un peu plus délicate car il ne reste en général qu’un ou deux litres d’eau libre en surface. Vous pouvez rajouter un peu d’eau si besoin est et ne mélangez pas, la pâte « fraîche » colle excessivement aux outils.
Avec une bonne chaux vive agricole du commerce de détail (voir plus bas) vous obtenez environ douze litres de pâte, parfois jusqu’à treize et jamais moins de dix.

Le seul équipement de sécurité très conseillé est une paire de lunettes et la possibilité de se rincer les yeux si malgré tout vous veniez à recevoir des projections. Il faut bien-sûr résister à la tentation de plonger la main dans la pâte obtenue qui ressemble à un fromage blanc crémeux.

Pour les avoir mesurées les températures ne dépassent pas 80°C dans le fond du seau à la première passe, la plus importante. On peut observer une petite ébullition à la dernière.

Si vous devez introduire de l’huile de lin ou de la résine de pin c’est à faire lors de l’extinction et le protocole est à peine différent. Là il faut obtenir une ébullition pour assurer la solubilisation des ces adjuvants dans le mélange. Alors la première passe se fait dans six litres d’eau additionnée de 250 ml. d’huile de lin crue (ceci en fonction de vos objectifs) et/ou d’une poupée de pommes de pin de l’année (emmaillotées dans un tissu ou un voilage), la littérature est muette sur la quantité nécessaire de pommes de pin ainsi que sur leur origine (pin noir, d’Alep, sapins, etc.).
Ajouter un peu plus prudemment votre chaux vive pour obtenir une ébullition légère, et ajoutez de l’eau si le mélange fait mine de déborder. Mélangez en surface pour répartir l’huile et laissez refroidir avant de rajouter de l’eau puis le reste de chaux vive quelques heures plus tard.

Les chaux-vives :

  • Vendue sous le nom de chaux mousse une CL92, en poudre fine conditionnée en sac de cinq kilos. Celle qui gonfle le mieux, mais d’une utilisation moins aisée et chère, trouvée chez GammVert. 10€
  • Les chaux-vives agricoles (CL90) conditionnées en sacs de 10 – 20 – 25 kg, celles que j’utilise. Se trouvent facilement en jardinerie-animalerie de zones rurales (RAGT, PointVert etc.) parfois aussi peu que 8 €/25 kg plus souvent 15 €.
  • Les chaux vives sanitaires (CL90) Balthazard&Cotte, Choxyde des Chaux Saint-pierre etc., conditionnées en sacs de 25 kg, gonflent très peu (8l./5 kg)  et la pâte est grise, plus utilisées (fournisseurs idem chaux agricoles) 8 €.
  • La chaux vive Socli (CL90) en seaux de 25 kg, jamais trouvée. En outre elle est souvent vendue à un prix élevé par les négociants de matériaux de construction. 20 à 40 €.
  • Pour l’anecdote, les droguistes peuvent vendre des chaux vives en petits conditionnements que j’utilise pour faire des essais, le prix est dissuasif.
  • Des chaux vives agricoles vendues en big-bag de 600 kg, mais comment éteindre une telle quantité en un temps raisonnable ? Réservées aux agriculteurs.
  • La chaux vive Dolomitique (DL90-30) essayée ne convient pas.

Les seaux :

Les plus pratiques sont les seaux-doseurs avec couvercle vendus en GSB (Leroymerluche, Castoramoche) de 15 l. à 3 € l’unité.
En matériel d’apiculture il est possible de trouver des seaux avec couvercle de 17,5 l. plus solides, un peu plus cher (4 à 6€) permettant d’éteindre six kilos de chaux vive, un peu moins pratique car les sacs sont des multiples de cinq kilos.
Si la chaux est à utiliser sous trois à cinq jours (délai raisonnable d’attente, un jour est possible aussi dans le cas d’une chaux de faible qualité) les seaux de chantiers suffisent bien-sûr et dans ce cas n’éteindre que quatre kilos par seau dans dix litres d’eau, une adaptation consiste à couler une fine couche de cire (12-15€/kg) à la surface pour permettre une conservation longue durée.
Et pourquoi ne pas utiliser les poubelles de jardins ? Car elles sont trop grandes, deviennent intransportables remplies et il faut y puiser sa chaux ce qui ne facilite pas le dosage.

Les chaux en pâte du commerce (2018).

Au mieux :
Candore
, chaux en pâte seau de 25 kg. 18,5 € sur internet et/ou au comptoir d’Ocres de France.
Italcalce en sac de 25 kg, filtrée 200 microns (14 l. de pâte) de 7 à 18€ le sac en fonction du commerçant (vendus en Italie à moins de 2,6€…) La moins chère.
Interni, sacs de 20 kg. de Grasselo di Calce (chaux grasse) vue à 18€.
Plus cher :
Augmontel en seaux de 6 – 12 et 20 kg jusqu’à 32€ les 20 kg.
Aimoz (Socli) en seau de 20 kg, jusqu’à 35€.
Dolci en seaux de 5 et 20 kg, « murie » six à vingt-quatre mois, filtrée à 80 microns, pas loin de 100€…
Pozzo Nuovo (marque française malgré le nom) seaux métalliques de 7 – 17 – 27 kg, de 45€ jusqu’à 85€! pour le même seau de 27 kg.
Les trois matons commercialisent une chaux en pâte filtrée d’origine inconnue sous leur nom (57€/20 kg) et une pâte non filtrée (31€/25 kg)
Décorchaux en pâte de CESA, en seau de 12 et 20 kg à partir de 17€/12 kg.
Calci-chaux, en seau de 7 à 25 kg à partir de 20€/17 kg ? (vendue directement à Ebreuil, Allier), une chaux en pâte d’Auvergne CL80. Aussi commercialisée sur le net par Kenzai sous un autre nom.

Au moins cher le litre de pâte revient à 0,5€, beaucoup plus souvent entre 2 et 4€ voire même dépasse 8€. Ce que vous pouvez comparer avec les 0,26€ par litre lorsque vous l’éteignez vous même par sacs de 20 kg. allant jusqu’à 0,75€/l. avec la « chaux mousse ».

Traitements et utilisations après extinction :

  • La pâte se conserve, à l’abri du gel, indéfiniment si il reste un minimum d’eau en surface, les seaux doseurs avec couvercle sont ainsi les plus pratiques.
  • La pâte est impérativement à protéger du gel. La teneur en sels dissous ne la protège pas d’un épisode de froid intense. La pâte congelée-décongelée perdra de ses qualités (un relargage d’eau est visible).
  • Pour les enduits et mortiers elle s’utilise telle quelle, les petits morceaux dans la pâte ne gênent pas.
  • Pour les peintures, il faut réaliser sa dilution puis filtrer. Des filtres 400 – 600 microns se trouvent en matériel d’apiculture ou utiliser un voilage fin.
  • Pour les stucs très fins c’est un peu plus compliqué car il faut filtrer par décantation-centrifugation, remplir un grand contenant avec soutireuse (60 litres, illustration à venir) ajouter 40 litres de pâte et 10 litres d’eau agiter modérément le mélange au fouet monté sur perceuse et laisser décanter. Après repos, évacuer l’eau surnageant par le fond et récupérer en surface la pâte la plus fine, à n’utiliser qu’en cas d’usage fréquent. (un procédé par vibration plus simple est en cours de test)
  • La viscosité de la pâte augmente avec le temps. Il est nécessaire de réaliser la centrifugation assez rapidement après l’extinction. A défaut, l’agitation au fouet d’une pâte de plusieurs mois/années conduit à la formation d’une émulsion assez stable pour que les morceaux restent en suspension.
  • Le dosage dans la bétonnière (voir note 4) s’effectue par seau. L’extinction de 5 kg de CaO donne 6,5 kg de Ca(OH)2, un litre de pâte représente environ 1/2 kg de chaux aérienne. Il est préférable d’évacuer l’eau surnageant avant de verser la pâte sur le sable introduit au préalable. Il est possible de régler le taux d’humidité du mortier en ajoutant une chaux en poudre (aérienne ou hydraulique) en petites quantités, cet ajout de NHL est nécessaire pour les mortiers d’extérieurs (jusqu’à 30% du poids total de liant). Notez que la quantité d’eau ajoutée aux mortiers impacte (via la porosité) la résistance de ces derniers. La règle du « le moins possible » est autant d’actualité pour les mortiers de ciment, de NHL que de chaux aérienne. Pour les chaux en pâtes essayez de ne pas en ajouter et de rebattre votre mortier pour obtenir une plasticité convenable (un repos de 12 à 48 heures est aussi conseillé).

 

Notes :

1. La température du mélange lors de l’extinction ne dépasse pas 100°c tant qu’il reste de l’eau et que le mélange est homogène, versez la chaux vive doucement en la répartissant sur toute la surface. Toutefois vers la fin ou si vous avez été plus vite localement peuvent se créer des points dépassant les 150°c (peut-être plus), lorsque la chaux s’hydrate sans excès d’eau. Et là c’est un réel danger car des grains à haute température peuvent fuser. Les lunettes sont obligatoires qu’on vous dit.

J’ai réalisé une série d’expérimentations destinées à vérifier si la granulométrie, l’âge de la chaux vive ou la température d’extinction avaient une influence le détail en est abordé dans cet article.

2. Est fait mention du sigle CL90 qui signifie Calcic Lime à 90% de CaO, une chaux aérienne est désignée ; CLXX-s (s pour sleaked) qu’elle soit en pâte ou en poudre.
Une chaux vive est désignée CLXX-q (q pour quick) selon la norme NF EN 459-1
Une chaux vive dolomitique malgré son nom comporte au plus 30% de MgO et se désigne par deux indices le premier donnant le total CaO+MgO le second donnant MgO, exemple DL90-30.

3. La résine de pomme de pin souvent citée comme « adjuvant miracle » au même titre que la céruse (blanc de plomb, toxique) dans la littérature pour les ouvrages d’extérieurs, pourrait être remplacée par de la colophane brute (vendue pour les apiculteurs par exemple, 12€/kg). Il s’agit de broyer 100 gr. à laisser macérer dans 200 ml. d’essence de térébenthine tiède, filtrer le résultat et l’ajouter aux 250 ml. d’huile de lin. L’essence de térébenthine devrait s’évaporer pendant l’extinction. Procédé très « théorique » jamais testé.

4. Le mélange à la bétonnière (le malaxeur à planétaires est hors de prix) est sensiblement plus long qu’avec un mortier plus courant de ciment ou NHL et demande souvent un battage à la truelle dans l’auge ou la brouette. Une amélioration de la bétonnière consiste à fabriquer et fixer une pale en forme de peigne entre celles effectuant le mélange.
Cette pale vient recouper le mortier lors du malaxage (illustration à venir).